jeudi 3 septembre 2015

Supprimer le Bac

Le mois de juin est arrivé avec son marronnier: le baccalauréat, pris tantôt sous l'angle de l'élève, tantôt sous l'angle des parents, des professeurs, des établissements, voire des médecins ou des pharmaciens sollicités contre le stress ambiant. Dès les premiers jours de juin, les lycées renvoient les élèves de terminale pour "réviser", comme si on ne révisait pas mieux dans l'établissement avec des professeurs... Souvent le même sort est d'ailleurs réservé aux élèves des autres niveaux "pour préparer les salles d'examen" , comme s'il fallait plus d'une journée pour préparer les salles (nettoyage par les agents et collage des étiquettes sur les tables). Au plus tard, il n'y aura plus de cours dans les lycées à partir du 13 juin, la plupart des professeurs étant appelés à partir du 17, pour surveiller puis corriger les épreuves du baccalauréat. La fin d'année scolaire officielle est bien le 4 juillet? Donc, à cause du bac, trois semaines de cours perdues en seconde, puis en première puis en terminale... Ajoutons à cela les absences de professeurs en novembre et décembre pour proposer, préparer, étudier, tester les sujets - sujets premiers ET sujets "de secours"- de chaque discipline pour les 9 séries: il y en a plus de 150, avec les disciplines technologiques, et les 60 langues courantes, rares ou régionales possibles. Nous sommes, par élève, au minimum, à 3 mois de cours perdus -un trimestre- sur une scolarité de 9 trimestres en lycée, rien que pour la préparation du baccalauréat! Et si on parlait du prix, en cette période où l'état est censé faire des économies? L'impression et la distribution des sujets -premiers et de secours- comme celles des copies d'examen et du brouillon fournis aux candidats, les indemnités de déplacement, de correction, de responsabilité, ajoutées aux heures perdues représentaient en 2013 selon le calcul d'un syndicat de personnels de direction 1,5 milliard d'euros! Tout cela pour que 86% des élèves, et 93% après un redoublement, des élèves de terminale obtiennent cet examen -et les chiffres augmentent chaque année, il ne faut pas laisser penser que le niveau baisse!-, certains grâce à l'avis du conseil de classe qui peut "rattraper" les défaillances dues au stress, d'autres grâce à la bienveillance du jury, (pressé d'en finir avec les candidats pour, enfin, partir en vacances?) , voire grâce à un moyen de fraude sophistiqué ( les montres "connectées" cette année) ou plus traditionnel (les "anti-sèches" ou les téléphones portables, pas les vieux déposés ostensiblement sur le bureau du surveillant de salle, mais les extra-plats qu'on garde sur soi) quand ce n'est pas grâce à une copie perdue par le correcteur ou le centre de traitement... Il faut imaginer quelques instants la circulation des copies: les établissements font en principe passer le bac à leurs élèves, sauf s'ils sont en travaux, et ce n'est pas rare (dans ce cas les élèves sont parfois affectés très loin de leur domicile pour subir les épreuves dans un lycée qui a de la place), sauf si les établissements sont privés "hors contrat" ( les élèves sont affectés dans d'autres lycées pour le bac), sauf pour les candidats individuels qui, par définition, ne fréquentent pas un établissement scolaire. Un lycée qui a toutes les séries de bac ( L, ES, S, STI, STMG par exemple) sera centre de correction au plus pour une série avec une spécialité. Si le lycée corrige, par exemple, la série S sciences de l'ingénieur, il recevra les copies de plusieurs lycées offrant la série S -SI; pendant que des personnels recompteront les copies apportées par les agents des autres établissements du regroupement, d'autres porteront les copies de la série L spécialité langue dans un lycée, spécialité arts plastiques dans un autre (...il y a une dizaine de spécialités). La série ES dans deux ou trois autres établissements encore, la série S-SVT un peu plus loin, etc. Avec une, parfois 2 voitures par lycée, et peu de personnels pour les conduire, la balade des copies, qui s'effectue après chaque épreuve, est digne d'une pièce de Ionesco! Les chefs d'établissement appellent parfois leurs collègues vers 22 heures pour demander les copies, parties dès la fin de l'épreuve et de l'emballage, mais coincées dans un embouteillage. Et on recommence le lendemain pour l'épreuve suivante... Quand toutes les copies sont arrivées, il faut les brasser, pour qu'un correcteur n'ait pas que les copies d'un même lycée, il faut que les professeurs convoqués viennent les chercher (certains n'ont pas reçu ou n'ont pas trouvé leur convocation envoyée dans leur établissement, certains sont tombés malades... la veille des corrections).Chaque année, quelques paquets restent au coffre plusieurs jours, le temps que le service des examens trouve un professeur libre, mais injoignable. IL faut aussi que les copies reviennent: autre problème. J'étais un dimanche d'après-bac sur la plage et je voyais un professeur qui manifestement corrigeait des copies de bac, assis sur un rocher: un coup de vent a envoyé quelques copies dans la mer. Dans ce cas, rassurons les candidats, on met une très bonne note pour que personne ne pose de question. Au retour des copies, les lycées doivent saisir les notes très vite, préparer les copies pour les jurys, puis pour la consultation par les candidats, de plus en plus nombreux à vouloir en vérifier la correction... et parfois à juste titre: un élève qui avait très bien réussi s'étonnait un jour de n'avoir que 1, en fait, après recomptage des points du devoir, le professeur avait effacé le 2e chiffre, sans doute erroné, et avait oublié de réécrire le 8, ce qui faisait 1 au lieu de... 18! Que de temps passé en manipulation et transport à une période où la réflexion sur les actions de l'année, et une préparation sereine de la rentrée suivante seraient plus utiles!